"Pour ou contre l'implantation d'éoliennes sous les fenêtres d'un château médiéval"? Enoncée en ces termes, une telle question n'appelle qu'une réponse. Pourtant, lorsque nous interrogeons nos contemporains, nous recevons, parfois, des réponses contrastées.
Lorsque, a-fortiori, les éoliennes sont programmées à quatre kilomètres, qu'elles seront cachées par un rideau d'arbres, il se trouve des gens de bonne volonté pour invoquer "Le Progrès" et "la nécessité de vivre avec notre époque".
C'est, un peu, le raisonnement affiché par les promoteurs d'éoliennes destinées à servir de vis-à-vis aux habitants de La
Motte-Glain.
Madame de L.., en laissant photographier le paysage depuis les pièces de sa demeure ne
s'imaginait pas contribuer à un photo-montage en
sa défaveur.
Qu'elle ne fut pas sa surprise, en effet, de découvrir, dans un rapport, une démonstration fallacieuse de l'inocuité du projet. Démonstration faite à partir d'un montage de photographies prises de ses fenêtres.En effet, bien cachées derrière un rideau d'arbres (dont la durée de vie est imprévisible), les éoliennes étaient "invisbles" du château.
Peinée par cette aventure, Madame de L.. prend contact avec la Délégation de la Demeure Historique des Pays de la Loire. Monsieur de L..., dans les Années Soixante, avait présidé cette Délégation; on pouvait supposer que ses successeurs auraient à coeur de défendre un projet si funeste.
La situation se présentait ainsi, en novembre 2008: une première Commission des Sites avait déjà statué négativement sur le projet d'implantation de nouvelles éoliennes à proximité du château de La Motte Glain. Le Conseil Municipal, toutefois, encouragé par les promoteurs, poursuivait un travail d'"information auprès de la population" auquel les propriétaires du château n'étaient jamais associés. Une nouvelle commission, programmée pour le jour de l'Assemblée Générale de la Demeure Historique, devait statuer, in-fine, "pour" ou "contre" le projet.
Comment faire barrage à un projet aussi coupable?
Une demande de conseil et d'intervention fut dirigée vers l'attachée de presse de la Demeure Historique. Une chargée de mission fut affectée, par celle-ci, au dossier, chargée de la rédaction d'un Communiqué de Presse.
Trois démarches furent engagées, simultanément:
- l'invitation de journalistes spécialisés dans le patrimoine à participer à une conférence de presse,
- l'invitation d'amis et d'adhérents de la Demeure Historique et
- la participation à la Commission des Sites, afin d'y défendre les intérêts des propriétaires de La Motte-Glain.
Afin de préparer la conférence de presse, il fut décidé de constituer un dossier. Celui-ci comprenait une description de la maison, de la situation prévue pour les éoliennes, du rapport visuel entre le château et les éoliennes.
Premier objectif: démontrer que, des fenêtres du château, on verrait les éoliennes.
Pour rendre la démonstration encore plus convaincante, on décida d'aller observer le spectacle donné par un champ d'éoliennes face à une humble chapelle où sont conservées pieusement des fresques médiévales, parmi les plus anciennes de l'Ouest de la France.
Le spectacle de ces éoliennes face à la chapelle était si impressionnant, qu'il suffisait, par récurrence, d'appliquer ce paradigme aux fenêtres de la Motte-Glain.
La démonstration était visuelle. Elle faisait appel au delà des sens, au coeur et à la raison: "Comment pouvait-on imaginer attenter à la mémoire des artistes, artisans d'art, travailleurs et de moines qui avaient choisi ce paysage pour y bâtir leur abbaye (maintenant détruite) et sa chapelle (dernier vestige).
"Est-ce qu'une chapelle, un château, une abbaye ne valent que par leur édifice ou dans le rapport qu'établit celui-ci avec la Nature?"
"Doit-on considérer qu'au-delà d'un rayon de 500 mètres, plus rien ne relie un "Monument Historique" aux autres constructions, aux arbres, à la Nature, aux humains qui se sont établis, là?"
L'attentat à l'innocence de la petite chapelle était si évident que nous décidions d'inviter les journalistes à venir, constater, sur place, les dommages causés.
Nous étions convaincus qu'une telle vision permettrait aux mêmes journalistes d'apprécier l'urgence de la situation: s'ils venaient constater l'impact de quatre éoliennes de 130 mètres de haut sur le paysage découvert du château, ils sauraient partager cette émotion avec leurs lecteurs et téléspectateurs.
Le caractère visuel de la démonstration semblait indispensable. Même s'il semblait nécessaire de faire parler le coeur et aussi la raison.
La Délégation Régionale fit conseil auprès d'un journaliste de FR-3. Celui-ci venait d'illustrer les travaux réalisés dans une propriété des abords du Mans à l'occasion de la tenue d'une réunion régionale au château du Lude. Le même journaliste allait recevoir, des mains du président Lambertye, le Prix du Journaliste du Patrimoine, le jour de la Commission des Sites.
Comme un grand nombre de nos concitoyens, notre conseiller était, a priori, convaincu de l'intérêt des "énergies alternatives". Il ne voyait pas de problème dans l'implantation d'éoliennes dans des paysages ordinaires. Il prit contact avec deux collègues de la Rédaction de Nantes. Le preneur de son, comme la journaliste, eux-mêmes, étaient plutôt convaincus de l'intérêt d'implanter desdites éoliennes.
Ce fut la formule qu'ils choisirent pour se présenter, à Madame de L.., le dimanche suivant. L'étonnement de la propriétaire fut relayé par une protestation de sa fille faillit renvoyer dans leurs studios, les journalistes...
Les amis de la famille et de la D.H. tentèrent une définition de "monuments historique", de sa fonction dans le paysage et la Société. La journaliste se contenta d'un "Tranquilisez-vous et faîtes-nous confiance". En fait, Il n'y avait pas de malice dans la formule introductive de la journaliste. Tout juste un désir d'être honnête et de cacher l'émotion de se retrouver dans un lieu aussi impressionnant.
Tandis que la fille de la propriétaire tentait de convaincre sa mère de ne pas recevoir ses visiteurs dans le sobre appartement familial, la résolution de celle-ci constitua une révélation pour nos deux journalistes qui entraient, pour la première fois de leur vie, dans l'intimité la plus humble d'un propriétaire de château .
Le spectacle d'une vie simple, partagée entre le soin aux plantes, à celui des animaux, mais aussi des pierres et de leur environnement. Voici, sans doute, ce qui impressionna le plus les deux journalistes.
Sans doute, aussi, intervint l'insistance de la fille de la propriétaire, à la suivre dans les champs prendre des vues de la maison depuis quelques jardins secrets.
Les journalistes étaient de plus en plus attentifs.
Dans le même temps, la conférence de presse se poursuivait avec les représentants de la Presse Quotidienne. Là, plus de détails, de chiffres, d'arguments intellectuels. Derrière chaque question la conviction pointait sans oser s'exprimer: on sentait que chacun était favorable à l'installation des "fameuses" éoliennes.
Le résultat des deux démarches de communication fut éloquent: le reportage télévisé apporta un regard d'une sobriété éloquente. Les téléspectateurs trouvèrent, dans l'interview du maire du village, des arguments économiques en faveur du projet tandis que les mêmes personnes (plus toutes celles qui étaient sensibles à la beauté des lieux), ne purent conclure qu'à l'urgence d'un retrait du projet d'éolienne.
Quel mécanisme mental permit-il d'aboutir à un tel résultat?
- La confiance dans le "bon sens" de chacun, y compris celui des journalistes, eux-mêmes. Alors que les journalistes étaient, a priori, favorables aux éoliennes et méfiants à l'égard des "châtelains", de bons professionnels de la communication ne peuvent, s'ils sont honnêtes et compétents qu'aboutir à des conclusions prévisibles (en pareilles circonstances).
- l'appel à l'esprit des lieux, aux sentiments, à l'émotion populaire. Une simple référence, au "sens du paysage", à celui donné par le "monument historique" à ce même paysage, la référence à une conception selon laquelle le monument apporte du sens au seul paysage. L'un appelant l'autre. Toute atteinte à l'un causant préjudice à l'autre. Cette démonstration fut faite par nos journalistes en allant filmer la petite chapelle cernée par les éoliennes. "Les moines et les paysans qui peignirent ces fresques et bâtirent cette chapelle auraient-ils admis que l'on massacre, ainsi, le paysage qu'ils sanctifiaient par leur acte bâtisseur"?
- Un appel aux sens plus qu'à la raison. Le recours à une démonstration visuelle plus qu'à une explication chiffrée. Le geste impressionnant consistant à ouvrir la fenêtre du salon, à montrer les éoliennes, comme si elles étaient là, face à nous. Un tel geste était la meilleure démonstration de l'erreur manifeste d'implantation.
Avant que d'invoquer les ressorts de la sensibilité, il faut admettre que rien n'eût été possible si les attachées de presse n'avaient, dans un premier temps, constitué un dossier, rassemblé les arguments, mis en forme les points de vue.
Ceci allait s'avérer encore plus utile pour la deuxième étape.
Tandis que la D.H. ne pouvait trouver de représentant pour défendre son adhérente à la Commission Des Sites (Congrès National oblige), un accord fut trouvé avec une association amie: ??????. Sa représentante, installée près de Saumur, participa à la conférence de presse, se saisit du dossier établi par l'Attachée de Presse de la D.H. et entreprit de défendre la propriétaire, à la Commission.
Celle-ci fut houleuse. Manifestement, plusieurs membres avaient décidé d'en finir avec ce projet récalcitrant. Les arguments les plus divers furent opposés tandis que notre amie reprenait les arguments démontrés lors de la Conférence de Presse. A la fin, le vote aboutit à 3 voix contre 3. Le représentant du Prefet vota en faveur du retrait du projet.
Comment interpréter une telle victoire?
De la même manière qu'avec les journalistes, la conviction des membres de la Commission semble être influençable par un appel
- au bon sens
- aux sens plus qu'à la raison
- et à l'esprit des lieux: aux sentiments, à l'émotion populaire face à une atteinte au sens donné par un geste bâtisseur dans un paysage donné
Au total, la stratégie engagée par la Demeure Historique en faveur de son adhérente aboutit à une (relative) victoire. "relative" tant que la décision définitive de refus de permis de construire ne sera pas publiée officiellement.
Plusieurs adhérents nous ont interpellés, depuis, pour nous engager dans de nouveaux combats. Il s'agit, pour eux, de rejeter, de manière systématique, le recours aux éoliennes dans nos paysages. Bien conscients des scandaleux marchés auxquels ces éoliennes donnent droit, nous ne nous sentons pas investis d'une quelconque mission, au titre de la D.H., pour ferrailler de manière systématique sur ce champ de battaille.
Par contre nous restons à la disposition de chaque adhérent qui voit se profiler, un jour, la menace de pales gigantesques dans tout paysage sacralisé, immortalisé ou (à tout le moins) digne de préservation, au nom de l'esprit des lieux, choisis par des bâtisseurs pour y édifier un "monument historique".


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